mercredi 17 octobre 2012

Raison et sentiments (Jane Austen)

4e de couverture: Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

c'est un pur bonheur que de retrouver l'écriture toute en finesse de Jane Austen.
Mais tout d'abord, je dois dire que je n'ai pas été autant charmé que pour O&P. J'ai beaucoup aimé mais les soeurs Dashwood n'ont pas le même caractère qu'Elizabeth Bennet. C'est plus en retenue, plus calme.
Du côté des personnages, ma préférée des soeurs Dashwood a été Elinor, qui sait toujours raison garder, qui réfléchis avant de dire ou de faire quoi que ce soit. Elle fait passer le bonheur des autres avant le sien et cache ses sentiments pour ne pas peiner ceux qui l'entourent.
Tout le contraire de Marianne, survoltée, exaltée, n'ayant pas sa langue dans sa poche, disant tout haut ce qu'elle a à dire. Je dois le dire, quelquefois, j'ai trouvé Marianne insupportable. Elle ne réfléchit pas et se voit déjà marié avec Willoughby (tout comme sa mère et les autres),séducteur qui ne fera que jouer avec ses sentiments alors que le colonel Brandon, amoureux transi de Marianne,regarde cette nouvelle idylle en silence. Et seule Elinor se rendra compte des sentiments de ce colonel, âgé de 35 ans (donc trop "vieux" pour Marianne qui n'en a que dix sept).

Je dois dire que j'ai été surpris par ce choix de personnage, car Willouhgby, n'est pas Darcy (loin de là). J'ai préféré les personnages d'Edward Ferrars (tout au long de ma lecture, je n'ai pas cessé de penser au Edward de "Twillight", ce qui m'a horripilé et horrifié (Moi qui n'aime pas ce personnage que je trouve pâlot dans "Fascination" de Meyer. Mais fermons cette parenthèse)) et du colonel Brandon, de vrais gentlemen, posés, discrets, serviables. Et je comprend tout à fait qu'Elinor soit tombé sous le charme d'Edward.

Jane Austen dépeint les femmes parfois sous un mauvais jours, calculatrice, comme lucy, qui préfèrera la fortune à l'amour véritable en choisissant le fat Robert plutôt que le tendre et discret Edward; froide et sans coeur comme Mrs Dashwood, la femme de John, le demi frère d'Elinor et Marianne, qui manipule ce dernier pour faire ses quatre volontés, ou Mrs Ferrars, froide également et qui n'hésite pas à déshérité son fils parce qu'il ne lui obéit pas. (Comme on dit telle mère, telle fille).

Nous sommes parfois dans du vaudeville, avec tous ces quiproquos: ces gestes et paroles entendus et déformés qui font croire à des choses qui ne sont pas vrais, comme la conversation du colonel Brandon et Elinor que Mrs Jennings (l'un de mes personnages favoris également et que j'apprécie pour la joie et l'humour qu'elle dégage) surprend de loin, n'en entendant que des bribes et qui ne comprend pas l'attitude du colonel face à Elinor, croyant que ces deux là parlent d'engagement alors qu'ils parlent de tout autre chose. Cette scène est presque une scène de théatre car on la voit des deux points de vue. Celui de Mrs Jennings qui se méprend du caractère nouveau qu'elle voit chez son ami le colonel Brandon, puis de ce qui s'est réellement passé entre les deux jeunes gens. Ce qui rend la scène plus compréhensible. Le lecteur est mis dans la confidence et à toutes les cartes en main pour comprendre et analyser toute la situation. Cette scène m'a fait beaucoup sourire. Sacrée Mrs Jennings qui voulut à tout prix marier Elinor avec le colonel Brandon.

Jane Austen nous parle déjà de ces mariages arrangés, nous dépeint la société anglaise dans toute sa beauté mais également ses travers. Et le style d'Austen est très vivant, et pas pompeux pour deux sous. C'est toujours un réel plaisir de plonger dans un de ces romans. Alors certes ce livre ne m'a pas autant fait vibrer qu'O&P mais il se laisse découvrir.


Jane Austen: Raison et sentiments (Sense & sensibility), 10/18, 383 pages (avec notes biographiques/Bibliographiques), 1979

Madame Bovary (Gustave Flaubert)

4e de couverture: Emma, fille de paysan, épouse un officier de santé. Idéaliste et romanesque, elle perd rapidement ses illusions de bonheur face à la grossièreté des petits bourgeois normands. Elle devient la maîtresse d'un gentilhomme du voisinage qui l'abandonne, puis d'un clerc de notaire.

 Je dois vous l'avouer, j'ai eu quelques appréhensions avant de lire ce livre. J'ai toujours eu du mal avec les classiques français (surtout Balzac) et leurs descriptions interminables. Pourtant, tout s'était bien passé avec Maupassant, mais c'était des nouvelles, donc, il ne s'attarde pas trop sur les descriptions.
Mais, j'ai pris le risque d'ouvrir Madame Bovary et j'en ressors surpris et réconforté. Les débuts furent un peu laborieux car peu passionnant (il faut dire que le personnage de Charles est peu passionnant) mais dès qu'arrive cette chère Emma, tout s'emballe et je n'ai pas pu lâcher le livre. J'ai voulu savoir ce qu'il allait arriver à cette femme immorale, il faut bien le dire. Mais tout n'est peut être pas de sa faute. A vouloir être aimé comme dans les romans, elle va se perdre en se compromettant et y laisser sa vie.

Le style de Flaubert est merveilleux car, malgré quelques descriptions, où mon esprit s'envolait ailleurs à leur lecture, j'ai été happé par cette histoire grâce au suspense qu'il a parsemé au fil des pages . Je me suis surpris à tourner les pages pour savoir ce qu'il allait arriver à son héroïne. Pourtant, Flaubert disait que c'était un "roman sur rien" et j'ai lu ça, avec frénésie, pour savoir comment Emma allait se sortir de ses déboires financiers.

Et pourtant, Emma est une femme que j'ai trouvé insupportable dans ses excès de romantisme comme dans les romans qu'elle lisait étant adolescente. Mais la vie, ce n'est pas comme dans les romans et elle en fait l'amère découverte en vivant une vie monotone auprès de son mari, Charles.
Pour sa gouverne, il faut dire que son mari Charles est un personnage pâle, transparent. Je l'ai trouvé idiot à croire que sa femme lui fut fidèle, même en découvrant la lettre de rupture de Rodolphe à Emma. Mais, au final, j'ai pensé qu'il s'était seulement résigné et qu'il ne voulait que le bonheur de sa femme. Il le dit lui même: c'est la faute à la fatalité.
La fin d'Emma est atroce et j'ai souffert en lisant son agonie. Comme si la souffrance était une punition divine pour ses péchés.

En revanche, je n'ai pas trop aimé la fin. Emma n'étant plus là, le roman perd de son intérêt,et j'ai lu la fin sans plaisir. Car, à part Emma, les autres personnages m'ont un peu laissé indifférent.
C'est une lecture que j'ai beaucoup apprécié et je pense que j'aurai moins peur en ouvrant un autre livre de Flaubert, la prochaine fois.

Gustave Flaubert: Madame Bovary, Pocket, 478 pages, 2006 


Les quatre filles du Docteur March (Louisa May Alcott)

4e de couverture: L'Amérique de la guerre de Sécession. Le docteur March rejoint l'armée nordiste, laissant seules sa femme et ses quatre filles, quatre sœurs aux tempéraments et aux passions opposés. Meg est sentimentale, Beth adore la musique, Jo est à la fois garçon manqué et romancière en herbe, quant à la blonde Amy, c'est une vraie coquette. Les querelles ne vont pas manquer. 

Quel bonheur j'ai pris à ouvrir ce livre qui fait parti de mes lectures enfantines. J'ai lu et découvert les aventures des soeurs March à l'âge de 10 ans. Et j'avais été enthousiasmé par ces petites histoires. Je m'étais trouvé des points communs avec Jo. Comme elle, j'aimais la lecture qui me permettait de m'évader, j'adorais inventer des histoires et les mettre sur papier. Je trouvais Amy, un peu égoïste. J'aimais la douceur de Beth, toujours patiente et toujours présente pour les autres. Et je comprenais le rôle de Meg, étant moi même l'ainé de la famille. Et j'aurai bien aimé avoir un ami comme Laurie, le voisin des March.

Et c'est avec un réel bonheur que je me suis replongé dans leurs aventures. C'est comme si je retombais en enfance. Ce voyage dans le passé m'a rendu très heureux. Et j'ai passé des heures merveilleuses à me replonger dans ces intrigues. Et même si je connaissais déjà toute l'histoire, c'est avec bonheur que je l'ai retrouvée. La plume de Louisa May Alcott est merveilleuse. Elle donne tout son charme à cette histoire, devenu un classique de la littérature enfantine. Car, qui n'a jamais lu Les quatre filles du Dr March? (Pour ceux qui n'ont jamais lu ce livre, il n'est pas trop tard)
En refermant le livre, j'ai eu comme un goût d'inachevé. Car l'histoire ne se terminait pas comme dans mes souvenirs. Et c'est bien normal puisqu'il y a une suite à ces "petites femmes". Qu'il faudra que je m'empresse de trouver pour pouvoir continuer l'aventure.


Louisa May Alcott: Les quatre filles du Docteur March (Little women), Folio Junior, 375 pages, 1988

Shutter Island (Dennis Lehane)

4e de couverture: Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l'allure sinistre. C'est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d'une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

Je viens juste de finir Shutter Island et je suis encore sous le choc. Pendant trois jours, j'ai vécu une aventure hallucinante sur Shutter Island. Ce roman est tout bonnement l'un des meilleurs polars que j'ai lu ces dernières années. Dès qu'on ouvre les premières pages, on ne peux plus le lâcher. A chaque page, une révélation pointe le bout de son nez. A chaque fin de chapitre, je me disais:" c'est pas possible!", et jusqu'au twist final qu'on ne voit même pas venir (et dont je ne vous dirai rien pour vous laisser le suspense). Car c'est ce qui fait le sel du roman: le suspense (et les révélations qui vont avec). C'est pour ça qu'il est très difficile de parler de l'histoire par peur de trop en dire.
Le mieux, c'est de vous laisser partir sur cette île, au risque de ne jamais en revenir. En tout cas, moi, je n'en reviendrai pas tout à fait intact. Je pense que ce livre me marquera pour longtemps. Émotionnellement mais surtout physiquement. Jamais un livre ne m'avait fait autant mal. J'étais tellement tendu que mon dos m'a fait souffrir pendant trois jours. J'avais tellement envie de savoir ce qui allait se passer que je tournai les pages sans m'en rendre compte. Je n'étais plus dans mon salon, je parcourais les couloirs de l'hôpital psychiatrique de Shutter Island à la recherche de la vérité. Et cette vérité, qui nous ai dévoilé à la fin du livre, je ne l'ai même pas deviné. J'ai été scotché. Tellement, qu'à la dernière révélation, j'en ai lâché le livre (et perdu ma page!).
C'est le premier livre de Dennis Lehane que je lis et je dois dire que j'en suis soufflé tellement ce livre est magistral. Je savais de quoi était capable l'auteur puisque j'avais vu les films Mystic River (de Clint Eastwood), et Gone, baby gone (de Ben Affleck) qui m'avaient totalement bluffé.


Shutter Island a été adapté au cinéma par Martin Scorcese avec Leonardo Di Caprio et Mark Ruffallo. sorti le 24 février 2010.
Je vous donnerai seulement un conseil: lisez le livre avant de voir le film. Car une fois le film vu (et donc le twist final révélé), tout le charme mystérieux et l'effet de surprise risque d'être gâché et le plaisir de la lecture risque d'en être altéré.
Mais, n'hésitez pas à le lire, au risque de devenir addict.Rappelez vous seulement, qu'en prenant le ferry pour Shutter Island, vous prenez le risque de ne jamais quitter l'île. 


Dennis Lehane: Shutter Island (Shutter Island), Rivages/Noir, 393 pages, 2003

Le Fantôme de Canterville et autres contes (Oscar Wilde)

4e de couverture: Une famille américaine achète un château hanté. Bruits de chaînes et taches de sang terrorisent la région depuis des siècles...
Mais que peut un pauvre fantôme contre le bon sens d'un homme d'affaires, les détachants super-actifs de sa femme et la malice des enfants, toujours prêts à lui jouer des tours ?


Encore une fois, je suis surpris par un livre car je ne m'attendais pas à lire des contes aussi drôles. C'est vrai, quand on me parle de fantôme, et de crime, je pense que je vais avoir peur et frissonner. Eh bien ce ne fut pas le cas ici. Oscar Wilde arrive à nous raconter une histoire de fantôme avec un humour délicieux.
Le fantôme de Canterville: est la storie que j'ai le plus aimé. L'histoire de ce pauvre fantôme qui ne peut plus faire son travail car les nouveaux locataires lui font des misères est très drôle. La famille Otis est une famille américaine qui ne croit pas au fantôme. Pire, il lui gâche son travail: le fils ainé en nettoyant la tache de sang de sa défunte femme assassinée avec un détachant; le père, ministre de son état, en donnant au fantôme un lubrifiant pour huiler ses chaînes. Et les jumeaux n'arrêtent pas de lui jouer des tours pendables. Seule, la fille Virginia saura comprendre le désarroi du fantôme et l'emmènera vers sa demeure éternelle.
C'est une histoire drôle qui devient touchante à la fin et qui se terminera par un mariage. (D'ailleurs, trois des quatre nouvelles se termine ainsi). Mais elle détourne également les codes des histoires gothiques qui ont fleuron depuis Le Fanu et consort, en faisant du fantôme, un être "vivant" et le héros de l'histoire, et surtout la victime de cette famille américaine (dont Oscar Wilde donne une image peu glorieuse, car il n'aimait pas les américains.)
Le crime de Lord Arthur Saville est une storie que j'ai également aimé et qui m'a faire sourire grâce à la situation. A cause d'un chiromancien qui lui prédit un destin d'assassin, le jeune Lord Arthur Saville va se croire obligé de tuer, et ainsi d'accomplir cette destinée, avant son mariage avec la jeune Sybil Merton. Il va intenter de tuer une grand tante par le poison, mais cela échoue, puis de vouloir faire exploser un oncle à l'aide d'une pendule. Toute ses tentatives échouent et il pense qu'il ne pourra jamais épouser Sybil quand... vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous dire quand même.
Le Millionnaire modèle est une fantaisie, que j'ai apprécié, même si j'avais deviné l'ensemble de la situation.
En revanche, Le Sphinx sans secret m'a littéralement laissé indifférent. Je n'ai pas plus aimé que ça.

Mais bon trois sur quatre, c'est déjà bien. Mais surtout ce que je retiens c'est la plume de Wilde, savoureuse et agréable à lire. C'est encore une belle découverte de la littérature classique et je pense que je continuerai à découvrir le charme subversif de cet auteur. 


Oscar Wilde: Le fantôme de Canterville et autres contes (The Canterville ghost & another stories), Le Livre de poche, 180 pages (avec les commentaires), 1979

Blonde (Joyce Carol Oates)

Résumé: :Elle a suscité l'adoration de millions de gens et sa vie a fasciné des générations de «fans» et d'acteurs. Disséquée depuis plus de trente ans, l'histoire de Norma Jeane Baker, plus connue sous le nom de Marilyn Monroe, n'a pourtant jamais été appréhendée aussi intimement que dans «Blonde» un récit à couper littéralement le souffle. Dans cette autobiographie fictive plus vraie que nature, Joyce Carol Oates recrée la vie intérieure, poétique et spirituelle de Norma Jeane - l'enfant, la femme, la célébrité vouée au malheur- et la raconte avec la voix de Norma Jeane: saisissante, chaude, ample et bouleversante. Un portrait intime, implacable. Derrière les portraits surprenants et souvent dérangeants, des hommes qui jalonnèrent la vie de Norma Jeane: l'Ex-Athlète, l'Auteur Dramatique, le Président, le Prince Noir, se dessine une course éperdue vers ce que la plus belle femme du monde tenta en vain de trouver: l'amour. (Source: Amazon)

Après deux semaines de lecture intense de cette vie, je peux dire que j'en sors essoufflé, groggy, presque épuisé tant les émotions sont intenses.
Depuis quelques années, je suis fasciné par le mythe de Marilyn, j'ai même la photo mythique du film "Sept ans de reflexion" (celle de la robe se soulevant sous la bouche de métro) accroché dans mon couloir d'entrée. Marilyn me fascine par son mystère. Et quand j'ai acheté le livre de Joyce Carol Oates, j'espérais en apprendre plus sur Marilyn.Mais c'est Norma qui est dévoilé ici.
L'auteur a su s'emparer du mythe Marilyn en le façonnant comme un de ses personnages pour faire apparaitre sa Norma. (C'est ce que j'admire chez les auteurs étrangers: ils n'ont pas peur de s'emparer d'un mythe ou d'un personnage historique pour donner leur propre vision du personnage: comme l'a fait Colum McCann avec Danseur.) L'auteur raconte certains évènements de la vie de Marilyn sans les changer. Mais elle les raconte de l'intérieur en nous livrant les pensées de Norma Jeane: sauf que c'est la vision de l'auteur qui nous ai raconté. D'ailleurs, le lecteur est prévenu dès le départ: Blonde est une œuvre de fiction. Ce n'est pas la vérité vraie. Elle donne une vision de la vie de Marilyn.

Et quelle vie! Une vie faite de malheur jusqu'au bout.

Je ne sais pas quoi penser de ce roman fleuve. Avant tout, j'ai respiré un bon coup avant de me plonger dans sa lecture. Je suis entré dans le livre à tâtons, ne comprenant pas bien au départ ce que l'auteur voulait nous raconter. Cela partait dans tous les sens. Je n'y comprenais rien. Mais je me suis accroché et je suis entré dans ce livre après une centaine de pages. Mais c'est une lecture éprouvante. L'histoire est racontée de manière, crue, parfois violente (notamment la scène des toilettes où une fille du personnel du restaurant tend une serviette remplit de sang, avec les restes d'un fœtus à Norma, juste après que cette dernière ait subi un avortement. Où alors, la scène de la fellation forcée à Kennedy.)
Pour tout dire, j'ai même eu envie d'arrêter ma lecture un moment pour pouvoir recommencer à respirer. C'est un livre qui m'a asphixié: j'avais l'impression de manquer d'air. Mais je me suis accroché et j'ai bien fait. Car malgré sa dureté, sa longueur, c'est un très beau livre sur Norma Jeane Baker, qui nous dépeint le monde impitoyable qu'est Hollywood et qui a broyé Marilyn jusqu'au point de non retour.
Pourtant, elle voulait juste aimer et être aimé en retour. Et même ça, elle ne l'a pas eu.

En tournant la dernière page du livre, je suis remonté à la surface de ce roman fleuve et j'ai laissé glisser une larme sur ma joue, un peu triste de la laisser partir.

Joyce Carol Oates: Blonde (Blonde), Le livre de poche, 1110 pages, 2000

Rebecca (Daphné du Maurier)

4e de couverture: Une longue allée serpente entre des arbres centenaires, la brume s'accroche aux branches et,tout au bout, niché entre la mer et les bois sombres, un château splendide: Manderley, le triomphe de Rebecca, la première Mme de Winter, belle, troublante, admirée de tous.
Un an après sa mort, le charme noir de Rebecca tient encore en son pouvoir le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse de Maxim de Winter, jeune et timide, pourra-t-elle échapper à cette ombre inquiétante, à son souvenir obsédant qui menacent jour après jour de plonger Manderley dans les ténèbres.


Je me suis plongé avec délice dans le roman de Daphné du Maurier et le premier mot qui me vient à l'esprit est: surprise. Je ne m'attendais pas du tout à cela. Je pensais connaitre l'histoire et je suis passé complètement à côté. Point de fantastique dans ce roman, pas de fantôme a proprement parler.
Certes, Rebecca habite les murs de Manderley de sa présence, ce qui met mal à l'aise la nouvelle Mme de Winter (qui ne sera jamais nommée), ainsi que le lecteur qui se met à sa place. Mais Rebecca ne se matérialise pas.

Dès les premières lignes, on est plongé en plein mystère.
Au début, j'ai eu du mal à entrer dans le roman, me demandant où il voulait m'emmener. Les passages à Monte Carlo m'ont semblé saugrenu après ce premier chapitre qui nous faisait ouvrir les portes de Manderley.
Je pense que mes difficultés avec ces passages "français" peuvent s'expliquer par le fait que j'étais envouté par Manderley. La première phrase "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" est devenue mythique et démontre bien qu'un bon roman se joue sur la première phrase car c'est elle qui accrochera le lecteur ou non. Eh bien, cette phrase mystérieuse m'a tellement accrochée qu'elle m'a fait un peu peur. J'ai même cru que c'était Rebecca qui parlait à ce moment là. Mais je me trompais. C'était la jeune épouse de Maxim de Winter.

Rebeca, qui n'est plus mais qui est pourtant omniprésente à chaque page, jusqu'à envahir les pensées de la nouvelle femme de Maxim qui se demande si elle fait bien ce qu'il faut à Manderley. Rebecca manipulait tout le monde pour cacher sa vraie nature. Elle n'était faite que de mystères. Et tous les personnages la vénérait. Surtout Mrs Danvers, que j'ai détesté une bonne partie du roman, qui me fit trembler d'effroi lors de la scène culte du bal où la jeune Mme de Winter eu le malheur de porter le même costume que Rebecca lors de son dernier bal et qui comprendra que Danny Danvers lui a jouer un mauvais tour en voyant son sourire sadique. Brrr, j'en tremble encore. Mais j'ai plaint cette pauvre folle quand elle apprendra la cruelle vérité qu'elle ne supportera pas. Bon,ce n'est pas clairement dit dans le roman, j'extrapole. Mais j'aime bien me demander ce que vont devenir les personnages, la dernière page tournée.

J'ai beaucoup aimé ce roman surprenant. J'allais de surprise en surprise et j'aime qu'un livre me surprenne. Et je n'avais qu'une hâte: savoir comment cela se terminerait. Et je n'ai pas été déçu. Le final est plein de mystère comme Rebecca, qui n'a jamais cessé de hanter les murs de Manderley. Comme quoi, je n'avais pas tout à fait tort quand je parlais d'une histoire de fantôme.

Si vous voulez une histoire pleine de mystères, qui vous surprenne de chapitre en chapitre, je vous conseille vivement de pousser les grilles de Manderley et de faire la connaissance de la mystérieuse Rebecca.


Daphné du Maurier: Rebecca, (Rebecca), France Loisirs, 506 pages, 1939